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Herboristerie en France : métier, réglementation et pratique

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Les Simples, bien universel et commun à tous, plantes accessibles dans la nature, savoirs appartenant à l’humanité depuis les origines… et pourtant. Une véritable confusion à l’heure actuelle dans leur usage, leur qualité, leur accessibilité et leur réglementation. Tout cela mené tambour battant par des motivations bien souvent plus économiques que thérapeutiques.
Faisons le point sur ce qu’est le métier d’herboriste de manière contemporaine en France.


Les plantes médicinales et l’herboristerie – qui en désigne le commerce – renvoient à des traditions de soins populaires, fondées sur des usages ancestraux.

Au Moyen Âge, on parlait des « simples », par opposition aux remèdes plus complexes et coûteux.

Historique du métier d’herboriste

Les herboristes ont toujours existé et ont bénéficié d’un statut en France de 1803 à 1941. En France, la formation et le diplôme ont été supprimés en 1941, pendant le régime de Vichy, et n’ont pas été rétablis depuis, considérant que l’activité d’herboriste était exploitée par le pharmacien en officine.


Sauf que les officines, pour la plupart, avaient au fur et à mesure totalement réduit à peau de chagrin leur dispensation de plantes et leur intérêt pour la discipline. C’est avec la demande du consommateur et l’engouement récent pour une redécouverte de ces usages naturels que les pharmacies en reprennent l’activité.


Ainsi, toute herboristerie, créée avant 1941 et reprise ou établie comme telle post 1941, et se qualifiant de « contemporaine » ou « moderne », ne saurait revendiquer d’appellation « médicinale » ou employer d’allégations d’ordre thérapeutique pour son offre de produits, même créée par des diplômés de la faculté de pharmacie.


La France est le seul pays européen à ne pas reconnaître le métier d’herboriste en dehors du parcours de pharmacie. Aujourd’hui, la seule activité d’herboristerie légale est donc celle dans un espace dédié aux plantes au sein d’une officine.


Caractéristiques du métier

Tout le reste est considéré au regard de la loi comme des magasins diététiques, parapharmacies, magasins d’alimentation biologique, qui n’ont pas la possibilité de mettre en avant les vertus médicinales des plantes.


L’aspiration d’une partie de la population pour des soins perçus comme plus naturels et plus doux, utilisés en préventif contre les petits maux du quotidien ou en complémentarité avec la médecine conventionnelle, se développe de plus en plus, et nous arrivons à une période de tension où la loi doit évoluer pour accompagner les demandes et les offres du marché.


Au-delà d’un besoin santé, la demande se fait aussi de plus en plus pour les secteurs vétérinaires et évidemment agricoles.


La réalité est là, c’est tout le pouvoir du consom’acteur.


Ainsi, en 2018 s’est tenue une mission sénatoriale présidée par la sénatrice Corinne Imbert, mais aussi le sénateur Joël Labbé, bien connu pour la « cause ». De très nombreux intervenants du métier ont été entendus, ce qui a permis de réaliser un véritable état des lieux de la situation.


Un des constats est qu’il n’existe aujourd’hui pas un mais des métiers d’herboriste : aux côtés des pharmaciens, des herboristes de comptoir en boutiques spécialisées ou des paysans-herboristes (producteurs-cueilleurs, gardiens de savoir-faire traditionnels, assurant la vente directe de leurs plantes simples ou transformées) sont en attente de reconnaissance de leurs savoirs et compétences complémentaires.


Sans cadre d’exercice particulier, ces professions se sont organisées et autorégulées : des écoles privées d’herboristerie assurent des formations qui connaissent un succès grandissant. Les écoles principales et reconnues en France comme Imderplam, l’École lyonnaise de plantes médicinales (ELPM), l’Association pour le renouveau de l’herboristerie (ARH)… se sont d’ailleurs regroupées en Fédération française des écoles d’herboristerie (1) afin de structurer la formation.


Autre acteur indispensable du métier pour structurer la profession plutôt du côté des producteurs-cueilleurs : le syndicat des Simples, syndicat professionnel de productrices et de producteurs de plantes aromatiques et médicinales (2).


Les pharmaciens de leur côté, en plus de leur formation universitaire qui leur apprend la botanique, la pharmacognosie (pharmacologie des plantes) et autres disciplines, ont vu se déployer depuis les années 2000 plus d’une dizaine de diplômes universitaires en phyto-aromathérapie dans les facultés de pharmacie pour renforcer leur spécialité.


Suite à cette mission, pour l’instant, nous en sommes encore à l’état de débat, partagé entre, d’une part « reconnaître la réalité de fait, en réponse aux attentes des consommateurs de disposer d’une information sérieuse sur l’usage des plantes médicinales, aujourd’hui omniprésente sur Internet mais non canalisée » et d’autre part « les réticences encore de la part des représentants des professionnels de santé qui estiment qu’une profession intermédiaire, autonome des pharmaciens, ne serait pas à même de protéger la santé publique en raison des actions complexes des plantes » (note de synthèse du rapport de la commission sénatoriale de 2018 : « Mission d’information sur le développement de l’herboristerie et des plantes médicinales, une filière et des métiers d’avenir »).


Mais les signes vers une évolution de la législation sont encourageants, avec tout de même un objectif commun : la protection de la santé publique et de la sécurité des consommateurs.


Cadre réglementaire sur la vente des plantes

Depuis la suppression du métier d’herboriste en 1941, la vente des plantes médicinales dans un but thérapeutique relève donc des seuls pharmaciens dans le cadre du monopole pharmaceutique, sauf pour 148 plantes qui bénéficient d’une dérogation du fait de leur usage alimentaire (décret de 2008).


Pour les huiles essentielles, une liste de 15 sont exclusives à la pharmacie du fait de leur toxicité, toutes les autres sont en vente libre :


  • Grande absinthe (artemisia absinthimu)
  • Petite absinthe (artemisia pontica)
  • Armoise commune (artemisia vulgaris)
  • Armoise blanche (artemisia arborescens)
  • Thuya (thuya plicata Donn)
  • Hysoppe (Hyssopus officinalis)
  • Sauge officinale (salvia officinalis)
  • Tanaise (Tanacetum vulgare)
  • Thuya (Thuya plicata)
  • Sassafras (sassafras albidum)
  • Saine (juniperus sabina)
  • Rue (ruta graveolens)
  • Chénopode vermifuge (chenopodium ambrosioides et anthelminticum)
  • Moutarde (brassica juncea)

Cette situation vise à protéger la santé publique, car ce qui est naturel n’est pas sans danger : certaines plantes sont toxiques, d’autres peuvent présenter des risques d’interactions avec des traitements médicamenteux.

En dehors de l’officine et de ces 148 plantes médicinales libérées, cela ne veut pas dire que l’usage des plantes n’est pas autorisé. C’est qu’il n’est pas reconnu comme médicinal, c’est-à-dire thérapeutique.


Le médicament soigne les maladies, pour tout le reste nous sommes dans du maintien en bonne santé, de la prévention, de l’accompagnement, mais aucune vertu thérapeutique ne pourrait être avancée.


Une même plante peut relever, pour sa commercialisation en dehors de l’officine, de différentes catégories d’enregistrement administratif auxquelles correspondent des statuts divers, des normes, des contrôles différents, des TVA et remboursements potentiels différents, des allégations et pictogrammes différents :


  • le statut alimentaire ;
  • le statut de complément alimentaire (le complément alimentaire est la classe réglementaire où sont enregistrés les produits non médicamenteux et ni strictement de consommation alimentaire. Ils sont entre les deux et très souvent utilisés en naturopathie pour rétablir l’équilibre du terrain physiologique de la personne) ;
  • le statut de produit cosmétique ;
  • d’autres statuts comme biocide, parfums, produit vétérinaire…

Les plantes qui, par nature, peuvent avoir plusieurs usages doivent être définies par une catégorie réglementaire restrictive. Comme l’explique la pharmacienne Marine Valéry dans son rapport pour le syndicat des Simples (3) : le « multi-usage » n’est pas reconnu pour la vente dans la réglementation actuelle, il faut donc choisir un usage spécifique à son produit et appliquer la réglementation correspondante. C’est un véritable casse-tête pour les producteurs et distributeurs… et encore plus pour la compréhension du consommateur !


Un même produit peut avoir plusieurs usages, et donc concerner différentes réglementations. Pour vendre son produit, il faut choisir un usage ! Si l’on veut choisir plusieurs usages, il faudra faire différents produits finis et respecter pour chacun les réglementations respectives.


Par exemple : un hydrolat de lavande peut être vendu comme arôme alimentaire, complément alimentaire, produit cosmétique, produit chimique… Si on veut le vendre comme complément alimentaire et produit cosmétique, il faut faire deux conditionnements différents, en respectant les spécificités réglementaires de chaque définition, notamment en ce qui concerne l’étiquetage, pour clairement distinguer les deux produits en fonction de leur usage final.


Il y a quelques années, une pétition avait été rédigée contre le retrait de nombreuses plantes médicinales sous forme de teintures mères. Il y avait mécompréhension sur le sujet. C’était un retrait en tant que plantes à visée médicamenteuse, donc régi par la réglementation du médicament et de la pharmacie.


Ces plantes sont en fait toujours disponibles, mais elles ont changé de classe et sont dans la catégorie réglementaire des « compléments alimentaires ».


Au final, seules les plantes dites « médicinales » sous forme de plantes sèches ne sont pas disponibles car réservées à la pharmacie, mais il est fort probable, sauf toxicité reconnue, qu’elles soient disponibles librement sous forme d’extrait liquide ou gélules enregistrées en tant que complément alimentaire.


Usage des plantes aromatiques et médicinales en herboristerie

L’activité de l’herboristerie, en parallèle de l’aspect législatif et technique, a donc totalement évolué avec le temps. Les pratiques liées à l’herboristerie d’une transmission d’un patrimoine vivant, tant culturel que naturel, sont conjointes à une évolution de la recherche et l’innovation.


L’herboristerie aujourd’hui ne dispense plus uniquement des plantes sèches en vrac et autres poudres, la proposition d’extraits a été totalement révolutionnée et démultipliée.


Ainsi, nous profitons des plantes aujourd’hui sous des formes galéniques allant de la gélule à l’extrait aqueux, l’extrait hydroalcoolique, l’extrait glycériné, l’extrait sec standardisé, la poudre vrac, l’extrait au CO2 supercritique, les préparations spagyriques, les hydrolats, les huiles végétales, les huiles essentielles…


Chaque plante peut donc être travaillée et extraite de façons bien différentes. Ainsi pourrait-on dire que l’on parle de la grande famille de la phytothérapie, dans laquelle on trouve des sous-catégories en fonction des techniques d’extraction :


  • l’herboristerie pour les plantes sèches à faire en infusion ou décoction ;
  • la gemmothérapie pour les bourgeons de plantes ;
  • l’aromathérapie pour les huiles essentielles ;
  • l’hydrolathérapie pour les hydrolats ;
  • la florithérapie pour les élixirs floraux (dont les fleurs de Bach ou les élixirs contemporains de Deva) ;
  • la spagythérapie, c'est-à-dire la préparation de la plante en y réunissant 3 extraits de celle-ci : la teinture mère, l'huile essentielle, les sels minéraux. ;
  • les huiles végétales…

Et d’autres disciplines se joignent à celle des plantes et font partie du métier de conseil de l’herboriste : l’oligothérapie (pour l’usage des oligo-éléments), la micronutrition, sans oublier une spécialité récente et très prometteuse, les probiotiques.


Au-delà de ces différents types d’extraits et de disciplines, s’ajoutent les provenances et usages selon des traditions différentes. On travaille principalement en France les usages « occidentaux » mais l’influence des médecines traditionnelles orientales chinoise et indienne crée de plus en plus de demande.


Quelle vastitude de choix nous avons, quelle vastitude de connaissances à maîtriser pour acquérir les bonnes pratiques d’usage ! Et surtout quelle chance d’avoir tous ces outils à portée de main, donnés par Dame Nature pour prendre soin de nous !

Quelques recommandations

Certes, la connaissance est aujourd’hui plus accessible, il est facile de nos jours de se renseigner sur Internet concernant un produit… Mais qu’en est-il de la connaissance de savoir associer les produits, savoir mener un protocole, avoir suffisamment de connaissance de physiologie pour savoir les indiquer à bon escient, pour la bonne personne, au bon moment, dans le bon ordre ? Il faut des années de pratique et de conseils pour approcher une vision globale de toutes ces disciplines et gagner en savoir-faire.


Il paraît indispensable d’insister sur le fait de demander conseil à votre praticien de santé : pharmacien, diplômé d’une école d’herboristerie, naturopathe.


Si toutefois vous naviguiez quand même seul dans la consommation de plantes et autres produits naturels, pensez à respecter certaines pratiques de base : la plupart des cures d’un même produit se font sur un cycle de 21 jours. Dans certains cas, il est intéressant de pousser à un mois et demi, et exceptionnellement à deux, trois mois de cure. Au-delà, vous devez être conseillé.


Veillez à ne pas prendre trop de produits dans une même journée, trois à quatre, c’est déjà souvent bien suffisant. Il vaut mieux alterner les cures et travailler sur différents aspects de votre terrain par cycle que de vouloir tout aborder en même temps. Mieux vaut travailler par séquences.


Il est toujours bon de rappeler qu’il est important de nommer ses complémentations à son médecin en cas de thérapie médicamenteuse. L’automédication curative ne doit jamais dépasser une semaine.


Remèdes naturels pour soulager des pathologies fréquentes

En restant sur des recommandations de prise très généralistes et non spécifiques à un individu et un contexte, voici quelques formulations pour les besoins les plus courants du quotidien des adultes, en associant une infusion, un bourgeon et une huile essentielle.


Pour l’infusion, vous veillerez à utiliser environ une bonne cuillère à soupe pour un litre, ou deux poignées (selon que les plantes sont coupées ou en feuilles entières). L’infusion se prépare préférentiellement à froid, on laisse monter à ébullition doucement, et selon si vous avez uniquement des parties fragiles (feuilles et fleurs), vous coupez à ébullition et laissez infuser encore quelques minutes avant de passer, ou vous laissez bouillir quelques minutes si vous avez un mélange avec des parties coriaces (graines, écorce), ou bien faites une décoction de 15 minutes pour des plantes unitaires comme de l’aubier de tilleul.


Une infusion ou décoction porte ses vertus quand vous en prenez 750ml à 1l par jour. Vous pouvez préparer le matin pour la journée et boire à température ambiante ou réchauffé.


Pour les bourgeons, vous prendrez en grande moyenne cinq gouttes deux fois par jour.


Pour l’huile essentielle, dans ce conseil, on restera sur une approche cutanée, soit en regard de l’organe ou articulation concerné, soit sur des zones plus généralistes comme le plexus solaire et les poignets pour le stress et l’immunité. Deux, trois gouttes dans un peu d’huile végétale à répéter deux à trois fois dans la journée.


Stress

Infusion : mélisse feuilles, basilic feuilles, marjolaine feuilles, romarin feuilles.
1 bourgeon : saule.
1 HE : petit grain bigaradier.


Immunité et premiers symptômes

Infusion : thym feuilles, myrte feuilles, cannelle écorce, ronce feuilles, sureau fleurs.
1 bourgeon : églantier.
1 HE : ravintsara.


Troubles du sommeil

Infusion : oranger feuilles, aspérule odorante plante coupée, lavande fleurs, tilleul bractées, verveine feuilles.
1 bourgeon : tilleul.
1 HE : camomille romaine.


Après repas

Infusion en journée : anis vert graines, basilic feuilles, romarin feuilles, menthe poivrée feuilles, sauge officinale feuilles.
Infusion en soirée : mélisse feuilles, fenouil graines, camomille fleurs, verveine feuilles, lavande fleurs.
1 bourgeon : romarin.
1 HE : citron.


Inflammations et douleurs digestives

Infusion : mélisse feuilles, camomille fleurs, mauve fleurs, guimauve racine, réglisse racine.
1 bourgeon : figuier.
1 HE : gingembre.


Détox

Infusion : romarin feuilles, chiendent rhizome, bardane racine, frêne feuilles, aubier de tilleul, ortie feuilles.
1 bourgeon : genévrier.
1 HE : carotte.


Douleurs articulaires

Infusion : reine-des-prés plante fleurie, ortie feuilles, frêne feuilles, cassis feuilles.
1 bourgeon : cassis.
1 HE : eucalyptus citronné.


Un métier à part entière

L’herboristerie de conseil est un métier à part entière qui demande des connaissances de terrain pour comprendre le travail des producteurs et savoir bien choisir les provenances, des connaissances des sciences végétales et pharmacologiques pour connaître les drogues, des connaissances de physiologie humaine et vétérinaire pour pouvoir conseiller.


L’herboriste est un maillon indispensable de notre société et de la santé collective, au cœur d’une réflexion actuelle majeure vers une plus grande responsabilité de chacun vis-à-vis de sa santé.



Pour aller plus loin

  • Le Petit Larousse des plantes qui guérissent, de Gérard Debuigne et François Couplan, Larousse ;
  • 300 plantes médicinales de France et d’ailleurs, de Claudine Luu et Annie Fournier, éd. Terre Vivante ;
  • les livres de Anne-Yvette Peyrard ou Guy Fuinel pour une approche plus sensible et poétique des plantes ;
  • L’Homme et les plantes médicinales, de Wilhelm Pelikan, éd. Triades, pour une approche anthroposophique ;
  • La Métamorphose des plantes, Johann Wolfgang von Goethe, éd. Triades, pour une approche philosophique.

Références

    1. www.ffeh.fr
    2. www.syndicat-simples.org
    3. Réglementation de la vente directe de plantes aromatiques et médicinales, de Marine Valéry, préface par Thierry Thévenin : www.syndicat-simples.org/la-reglementation-des-ppam/guide-reglementation-ppam/


    Retrouvez cet article dans le n°324 du magazine Bio Contact de juin 2021

    Docteure en pharmacie et micronutritioniste. Fondatrice de L'Aromathèque depuis 2008, herboriste contemporaine.